C'était horrible, chaotique. Le bruit n'a pas traversé à mes tympans, le vent s'est arrêté devant mon visage par une vitre imaginaire et mes mains se sont mises à trembler comme en plein hiver alors que mon coeur surchauffait mon thorax par sa sur-accélération brusque et intense. J'avais la peur en bouche, celle qui nous monte à la tête en donnant l'impression de la compresser, pour la faire exploser. Ma peur ne fut pas seule, les faits l'accompagnait. Ce que je redoutais, ce que je n'envisageais même pas tellement le temps était trop jeune, tellement c'était impensable d'y penser. Mais non, comme dans un film, un corps était allongé sous une bâche chauffante. Des gens l'entouraient comme pour s'alléger la conscience à faire quelque chose qui ne pourrait pourtant être autre qu'inutile. L'autre était là, à côté, appeurée, pétrifiée, spectatrice impuissante de la scène. Il est mort à sa place et elle l'avait compris. Je suis sortie de la voiture, je n'savais pas pourtant, les autres l'avaient anticipé tandis que moi, j'imaginais ça surréaliste qu'il se soit fait écrasé... surréaliste qu'il soit mort. En m'avançant devant la scène, je n'avais pas compris qu'il était parti, je le voyais allongé sous une couverture mais je fermais les yeux sur ce que j'avais en face de moi, je le rêvais vivant. Les gens nous ont dit qu'il était mort, qu'il avait été fauché, qu'il n'avait pas souffert, qu'il était mort sur le coup... Qu'après le choc, il ne disait rien, qu'il avait juste fermé ces yeux et puis qu'il était parti. Je n'peux pas y croire, toujours maintenant. J'ai directement été vers lui, il était couché sur son flanc droit. Je me suis accroupie et j'ai laissé glisser ma main le long de sa tête, son cou. Mes larmes se sont mises à couler lorsque j'ai senti le froid qui enveloppait son corps. 19h13, je me rappelle encore de l'heure à laquelle j'étais allongée à ses côtés, comme si cela servait encore à quelque chose. Je suis restée à ses côtés alors qu'il était déjà loin... tellement loin alors que son enveloppe de chair n'était que sous mes yeux. Je continuais à le caresser et je lui disais que ce n'était pas grave... que j'étais là et que je l'aimais. Je pleurais et lui, il se raidissait, comme le font les cadavres sans doute. Je continuais à le caresser, épouvantée un peu plus à chaque seconde en découvrant son corps figé, ses membres peut-être déformés, son visage glacé... par la mort. Mon Dieu, je n'le réalisais même pas, toujours pas. Je n'ai pu m'empêcher de penser à Sissi, la première, celle qui m'a marquée. Ma main était toujours posée sur lui et je me suis rendue compte que j'aurais donné énormément pour uniquement être arrivée à ce moment pour Sissi. J'aurais tout donné pour lui dire Au Revoir, même si peut-être elle s'en était déjà allée, mais lui dire Au Revoir... une dernière fois. Lui, il était là, allongé en face de moi et je n'me suis pas retenue de lui dire ce que j'aurais toujours voulu à Sissi. J'ai porté ma main à son front, j'y ai fait le signe de croix et j'ai prié à voix basse, comme je l'aimais. Ses yeux étaient clos et sa mâchoire figée, déjà raidie par le voyage. À chaque fois qu'une voiture passait, ses fars me faisaient découvrir l'expression de son visage. C'était si triste de le voir immobile, si triste et douloureux de le voir pour la dernière fois. Je me suis penchée sur lui et je lui ai déposé un baiser, puis un deuxième, puis un troisième, puis tellement d'autres, tout en pleurant, avec des litres de larmes qui me ruisselaient le long des joues pour s'écraser sur le sol. Je l'aimais, je le savais que je l'aimais mais je haie le fait que l'on n'se rende compte de l'importance qu'un être à pour nous, de la grandeur de l'amour qu'on lui porte, uniquement lorsqu'il s'en est allé. Si seulement maintenant je pouvais l'avoir vivant dans mes bras, comme hier alors que je n'ai même pas pris la peine d'aller le voir... et il avait l'air plein d'espoir en me voyant, pensant que j'allais venir alors que je n'ai même pas été foutue de bouger mon gros cul pour aller le caresser. Mais là, je l'avais devant moi et je regrettais. J'ai appuyé ma tête sur son cou devenu tellement raide pourtant, tout en luttant contre le froid qui se tuait à le refroidir, je lui ai dit l'unique chose que j'aurais aimé dire à Sissi, je lui ai dit que je l'aimais, que je l'aimais, que je l'aimais, que je l'aimais... que je l'aimais, Seigneur. Qu'aurais-je pu faire d'autre ? Qu'aurais-je pu lui dire d'autre ? Qu'aurais-je pu lui dire de plus grand, de plus beau ? Rien, moi je ne connais rien. Il est 23h18 et je n'sais enlever son image de mes pensées, celle de son corps figé. Mais je n'en ai aucune envie, la tristesse qui m'emporte. Je n'arrive même pas à réaliser, j'y pense tellement que ma raison s'est refermée devant la tempête que crée mon coeur à l'intérieur de moi. Si petit que ça puisse paraître, il était la seule chose qui avait de l'importance pour moi, bien qu'on idéalise ce que l'on perd. Je me sens triste, meurtrie, détruite, vide et seule... seule sans lui, sans sa présence qui ne créait le bonheur que par cette habitude. La vie nous donne mais le temps nous reprend tout, tout finit par disparaître et nous ne sommes que victime de cette fatalité, voués à l'encaisser. Il me manque tellement... à un point que j'ai déjà beaucoup de mal à supporter. Dire qu'il était là hier et que je n'en ai pas profité... Dire que maintenant je le regrette. Mon Dieu, je suis si conne. Par son ignorance, le seigneur m'a offert un ange en plus. Mon Loulou, habitant du Paradis incertain. Mon Mango à moi quoi... C'est pas un chien, c'est MON bébé... Mon Loulou. J'emmerde les autres, je ne leur donnerais même pas ma place. Mais il me manque terriblement et là, il est 23h30 et je pleure toujours. C'est horrible, il ne le méritais pas, il était beaucoup trop jeune... beaucoup trop. Je n'ai pas eu assez de temps, il n'en a pas eu assez, nous n'en avons pas eu assez. La vie est sincèrement une pute alors que l'on s'imagine qu'elle possède une certaine magie inexplicable... mais non. Mango me manque, il restera gravé. Il restera là, dans mon coeur. Je l'emmènerai, l'emmènerai avec moi. Bien loin d'ici, quand j'aurais trouvé le bonheur. Mais il le trouvera aussi, tant qu'il persiste dans mon coeur. Je fais la promesse... celle qu'il ne s'agissait que d'un Au Revoir.
Miss him so bad...